29 mars 2007

Capitaines des ténèbres, un fim de Serge Moati

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Capitaines des ténèbres

un fim de Serge Moati



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musique du film : Cyril Morin (extraits de musique)



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- résumé du film par l'éditeur
En 1899, une colonne militaire française pénètre à l'intérieur de l'Afrique, à la conquête du lac Tchad. À sa tête se trouvent deux jeunes capitaines, Voulet et Chanoine, qui encadrent une poignée d'officiers et quelques dizaines de tirailleurs africains. Sans beaucoup de moyens et composée d'hommes peu expérimentés, la colonne ne tarde pas à souffrir de la chaleur étouffante, de la soif et de la fatigue. Dans ces conditions, le racisme des officiers, conditionnés par le climat exacerbé de l'affaire Dreyfus, se donne libre cours. Ils n'hésitent pas à abattre les Noirs qui contestent leurs ordres. Grisé par un sentiment de toute-puissance, Voulet sombre peu à peu dans une folie mégalomaniaque...

- une présentation du film par Maya Larguet, Cité nationale de l'histoire de l'immigration

- un documentaire sur le film : Blancs de mémoire, de Manuel Gasquet (2004), coproduit par Image & Compagnie et le SCÉRÉN-CNDP.

- présentation par la chaîne Arte


- le roman de Serge Moati et Yves Laurent, résumé par l'éditeur

capitaineSerge Moati est l’auteur de nombreux documentaires et depuis 1999, il produit et anime Ripostes sur France 5. Il a publié Villa Jasmin chez Fayard. Il est co-auteur, avec Yves Laurent, du scénario de Capitaines des ténèbres, qui sera diffusé vers la fin de l’année 2005.
Yves Laurent est scénariste de télévision. Entre autres œuvres pour le petit écran, il a écrit Les Complices, une adaptation du roman de Simenon, réalisée par Serge Moati.       

1898. Depuis vingt ans, la France, l’Angleterre et, dans une moindre mesure, l’Allemagne se livrent à une course de vitesse effrénée pour s’assurer la meilleure part dans la conquête du continent africain
Une expédition est envoyée vers l’Afrique Centrale pour planter le drapeau tricolore sur les rives du lac Tchad. Les temps n’étant pas favorables pour les troupes coloniales, on a rogné sur les crédits et la mission est largement sous-financée. Cela ne décourage pas le chef de mission Paul Voulet et son adjoint, Julien Chanoine, deux jeunes capitaines, tous deux avides de gloire et de l’avancement qui va avec. À l’été 1898, les six officiers et les deux sous-officiers de la mission, s’embarquent pour l’Afrique. Sur place, pour former leur colonne, ils n’auront qu’une poignée de tirailleurs réguliers et quelques spahis. Il faudra recruter plusieurs centaines d’irréguliers, ces mercenaires qui se nourrissent et se paient sur la bête à mesure qu’ils avancent vers des territoires nouveaux. Plus de mille porteurs accompagnent la mission, sans compter les centaines de femmes, les «moussos», qui suivent leurs hommes. Et tout ce monde-là doit traverser la moitié de l’Afrique, s’enfoncer dans des territoires hostiles, chercher sa route sans carte !
Les pillages, les incendies de villages, les massacres se multiplient au passage de la colonne Voulet-Chanoine. Et la rumeur de ses exactions finit par atteindre les autorités militaires, et jusqu’au ministre lui-même. Une colonne est dépêchée à sa poursuite pour arrêter ses chefs… ce sera le drame.


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- Voulet et Chanoine, empereurs déchus de la brousse
un compte rendu de lecture par Patrick Girard (Marianne, 26 janvier 2006)

Serge Moati et Yves Laurent* consacrent un beau roman, Capitaines des ténèbres, à la colonne d’Afrique Centrale qui sema la terreur au Mali et au Niger avant que ses deux chefs ne connaissent une fin mystérieuse.

imagesPlus d’un siècle après les faits, la colonne Voulet-Chanoine n’en finit pas d’alimenter polémiques et passions. À la tête d’une  expédition partie de Saint-Louis-du Sénégal, ces deux militaires, dont l’un, Julien Chanoine, était le fils d’un éphémère ministre de la Guerre, étaient censés retrouver, sur les bords du lac Tchad, deux autres colonnes parties d’Algérie et du Moyen Congo pour écraser le sultan rebelle Rabah.    

Les deux hommes ne parvinrent jamais à destination. Ayant semé la terreur et la désolation sur leur chemin, ils finirent par couper tous les ponts avec la France et assassinèrent, le 14 juillet 1899, le lieutenant-colonel Klobb qui avait été chargé par le ministère des Colonies de les intercepter et de les  mettre aux arrêts. Selon la pieuse version donnée par les autorités, les capitaines Voulet et Chanoin auraient été abattus par leurs hommes, révoltés par l’assassinat de Klobb. En fait, quand, en 1923, un jeune administrateur colonial, le futur gouverneur Delavignette, fit ouvrir leurs tombes supposées, il découvrit que les cercueils étaient vides. Tout laisse penser que les deux officiers avaient été épargnés par l’adjoint de Klobb, le lieutenant Meynier, à condition qu’ils disparaissent et ne fassent plus jamais parler d’eux. On était alors en pleine Affaire Dreyfus et l’armée ne voulait pas d’un nouveau scandale impliquant en outre le fils du général Chanoine, connu pour ses opinions violemment antidreyfusardes.  

C’est cet épisode de la colonisation – qui n’est pas son aspect le plus positif pour reprendre un débat contemporain – que retrace le roman de Serge Moati et Yves Laurent, Capitaines des ténèbres. Ils y dissèquent le brusque accès de «soudanite» - cette folie coloniale sévissant au Soudan français, l’actuel Mali – qui saisit deux officiers littéralement envoûtés par l’Afrique au point d’en épouser les secrets et la violence.

Moati et Laurent réussissent à renouveler profondément un sujet déjà abondamment traité par les historiens et les romanciers et qui inspira à Joseph Conrad son fameux Au cœur des ténèbres. Au fil des pages, ils nous décrivent le lent cheminement de leurs héros à travers la folie, une folie qui leur aurait été bien volontiers pardonnée s’ils l’avaient mise au service de la «civilisation» et non à celui de leurs propres ambitions démesurées.  

Avec beaucoup de finesse dans l’analyse, Serge Moati et Yves Laurent nous livrent une fresque somptueuse dont on pourra apprécier prochainement la version télévisée. Ils font revivre une page de l’histoire coloniale qui est encore très présente dans la mémoire collective africaine. Aujourd’hui encore, au Mali et au Niger, il suffit de prononcer les noms de Voulet et de Chanoine pour que les langues se délient autour de l’arbre à   palabres et que les conteurs évoquent le souvenir du passage de la «colonne infernale».

* Serge Moati et Yves Laurent, Capitaine des ténèbres, Fayard, 20 euros.


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Posté par michelrenard à 10:36 - - Commentaires [3] - Permalien [#]